Ma vision de l'informatique actuelle

J'ai beaucoup réfléchi mon attitude par rapport à l'IA ces dernières années, je ne suis pas un spécialiste de l'algorithmique et des mathématiques sous-jacentes, je ne l'ai que peu utilisée (car j'aime avoir une position arrêtée sur une solution avant d'y recourir) mais j'observe ce qui passe autour de moi, je lis et je médite tout ça. Ma conclusion aboutit à l'objection de conscience.

(Wikipedia) L'objection de conscience est un refus d'accomplir certains actes requis par une autorité lorsqu'ils sont jugés en contradiction avec des convictions intimes de nature religieuse, philosophique, politique, idéologique ou sentimentale.

Je ne suis pas le seul (lien ci-dessous) mais pour me singulariser et faire mon intéressant, j'étends le périmètre de cette objection et rejoint ainsi mes dadas habituels autour de la souveraineté, du logiciel libre, de l'autonomie.

Je mettrai cette page régulièrement à jour en fonction de l'avancée de ma réflexion sur ce sujet et de références.

Objection de conscience

Mon objection de conscience découle des constats que l'Intelligence Artificielle générative (IAg)[1]:

Plein de gens en parlant mieux que moi, je ne vais pas les paraphraser ici, voir

Au-delà de l'IAg

Cependant les arguments m'amenant à cette objection de conscience sont également applicables à beaucoup d'aspects de l'informatique actuelle. L'IAg n'est que le dernier buzz-word d'une industrie qui peine à masquer sa stagnation depuis des années. Le terme IA a été choisi en 1956 (Conférence de Dartmouth) dans l'espoir d'attirer les budgets de recherche car "cybernétique", "traitements d'informations complexes" n'étaient pas suffisamment vendeurs : c'est de marketing dont il s'agit depuis 70 ans.
Presque tout ce qui est entrée en service depuis 10-15 ans est un pur produit marketing cloud (ie tjs-le-même-serveur-mais-il-appartient-à-un-autre), microservices, cryptomonnaie, réseaux sociaux, Metavers, NFT, etc reprend au moins 3 des arguments ci-dessus. Et maintenant, au lieu de faire l'effort minime de respecter un formalisme informatique, d'apprendre un langage facilement interprétable par la machine, l'agentique va pourrir toutes nos IHM en noyant l'information structurée dans un océan de langage naturel. [2]

Le message diffusé à chaque nouvelle -prétendue- révolution est celui d'une futur obligé ("il n'y a pas d'alternative"), inéluctable, qu'il faut adopter au risque de faire partie des loosers passéistes ou pire encore des luddites ("c'est l'IA ou revenir à la bougie"). Le tout est asséné par des matraquages publicitaires complaisamment relayés par des journalistes non formés, des politiques hors-sol et les idiots utiles qui répètent ce qu'ils ont lu sur LinkedIn.

Les informaticiens, et je n'ai pas la prétention de m'exclure du nombre, sont persuadés de représenter la solution à tout problème, mais ils n'ont pas assez conscience que 90% de ce qu'ils produisent est tout simplement mauvais, lourd, trop cher par rapport à ce qu'il coute. [3]

Même l'industrie du jeux vidéo avec d'énormes blockbusters, nécessitant des cartes graphiques hors de prix, des serveurs pour rendre tout cela jouable en ligne, rejoint cette tendance.

Le moindre logiciel maintenant embarque des couches et couches, une liste de librariries sans fin et aboutit ineluctablement à un mastodonte, exposé à des multiples vulnérabilités, difficile à maintenir.[5][6]
Tout cela pourrait paraitre difficilement conciliable avec le travail d'un architecte informatique. Je ne pense pas déjà parce qu'idéalement la démarche d'un architecte est de trouver une solution optimale à un problème et non de suivre une mode. Et après tout voyez le nombre de personnes travaillant dans l'informatique et qui refuse (ou serait incapable) de développer le moindre logiciel, je peux bien me permettre de refuser l'usage d'une toute petite partie de la boite à outils.
En tout cas en choisissant ce métier, je n'ai pas signé pour cela. A titre personnel je n'y suis pas favorable, mais j'ai la conviction que mon travail est justement de l'éviter. L'informatique doit être un outil pour soulager l'humain de tâches répétitives, l'appuyer dans des activités créatives. Non un nouveau moyen de domination.

C'est pourquoi, je n'éprouve aucune gêne à dire que parmi les réalisations informatiques dont je suis le plus fier, certaines sont considérées comme des échecs : participer à l'abandon du déploiement d'une solution nuisible est pour moi une réussite. Cependant, j'ai quand même à mon tableau des réalisations plus positives par exemple une application de gestion documentaire qui est restée 15 ans en production avec des changements mineurs, mes sites personnels conçus dans une démarche minimaliste.

Concrêtement, comment cela se traduit-il ?

A titre personnel et professionnel, tout cela me pousse à :

- à avoir le dernier modèle de chez Apple,
- à l'avoir toujours à portée de main, il est très bien au fond de mon sac
- à l'allumer : il peut être en mode avion
- à l'utiliser pour tous mes besoins : j'ai un appareil photo pour faire de la photo, un baladeur pour la musique, une console portable pour jouer.

Références

[1] : je n'ai rien contre les IA non génératives, utilisées comme outil de reconnaissance d'images, de classification automatique, etc.

[1d] :

Une enquête auprès de 5 000 employés aux USA révèle un phénomène de tour d'ivoire : 40 % des salariés disent que l'IA ne leur fait gagner aucun temps, contre seulement 2 % des cadres dirigeants. Une étude du MIT confirme que 95 % des entreprises ayant adopté l'IA n'ont enregistré aucune croissance de revenus.

Mon explication est que les cadres voient leur propre travail comme facilement remplaçable par une IA (reformuler des synthèses déjà faites, remplir des reportings, prendre des décisions basées sur leur étude approfondie de lectures LinkedIn, etc) qu'ils imaginent que c'est la situation est identique pour leurs subordonnés.

L'étude des entreprises ayant adopté l'IA en 2020/2021 montre qu'il n'y a pas de preuve de lien entre cette adoption et un gain de productivité

Une étude indiquant le contraire (pour montrer que je suis impartial) :

Peng et al. (2023) conducted a study which found that software engineers who were provided GitHub CoPilot were able to complete a task twice as fast compared to those who did not have access to it. However, other studies show that using generative AI tools in some tasks (such as coding), significantly increased error and bug rates.


Permalink :
https://blog.jmus.fr/2026-01-27-ia.html