Papillonages 12
Difficile de penser et écrire à autre chose que la canicule, aux incendies et au fait que c'est l'été le plus frais... de ceux qui nous restent à vivre, rassurons-nous ça ne durera plus longtemps. Alors pour égayer, parlons de la fin.
De la fin des jeux physiques
Sony a fait fort dans le style "cas d'école de qe qu'il ne faut pas faire en matière de communication" achevant sa mutation de Grand Satan en une petite semaine.
Avec un vrai sens du timing, ils ont annoncé le 1er juillet la fin de support physique pour les jeux à partir de 2028. La veille, les films Studio Canal que les clients Sony croyaient avoir achetés (les naifs) avaient disparu de leur catalogue. Vous l'aviez payé ? Dommage.
Le même jour, ils annonçaient la fermeture du store PS3 et Vita en 2027. Ces deux consoles ne pourraient après cette date qu'être alimentées via ... les supports physiques qu'on refuserait donc à la PS5 et à la PS6 dans moins de 2 ans.
Bad buzz donc et les moqueries ont fusé de la part de Blaze bien sûr, mais aussi de Domino's Pizza.
Pas de chance pour Sony car le fait que la boîte de GTA VI ne contiendrait qu'un code de téléchargement n'a pas provoqué un grand tumulte. J'aurais pensé que c'est parce que tout le monde s'en fout de GTA VI mais il paraît que c'est le jeu le plus attendu de l'univers mondial y compris en Bretagne.
Certes ce sont des tanches en communication (on savait déjà qu'ils avaient beaucoup perdu depuis 1995 et le coup de maitre de la PS1) mais les jeux n'existent plus en physique sur PC depuis belle lurette, pourquoi en faire un scandale dans le cas de Sony ?
Eh bien, parce que cela n'a rien à voir en terme d'ouverture de l'écosystème. Dans la plupart des cas, un jeu PC de 2000 fonctionne sur une machine de 2026. En revanche, un jeu PS2 ne fonctionnera pas sur PS5 (sauf s'il a fait l'objet d'un remake que vous achetez à prix fort). Donc oui, il n'y a que du dématéraliasé sur PC, mais c'est moins grave car on a la compatibilité, et on surtout on peut s'approvisionner en version sans DRM.
A contrario si demain j'ai envie de refaire l'excellent Spec Ops The Line sur PS3, il va déjà falloir disposer d'une PS3 en état de fonctionnement, ce qui n'est pas si simple tant la machine est fragile. Disons que j'en trouve une encore opérationnelle, peut-être aurais-je envie de recharger ma sauvegarde initiale pour bénéficier d'un new game+, et si ce n'est pas la console sur laquelle j'avais joué à l'époque, il va falloir retrouver la sauvegarde, la transférer via une clé USB. Ensuite ne reste plus qu'à trouver une dualshock 3 qui tienne encore la charge... Bref pas nous ne sommes pas tout à fait dans la même facilité que sur un PC.
Ma conviction est que si la décision de Sony a suscité une telle vague d'indignation, c'est non pas parce qu'on a l'indignation facile pour les problèmes bénins et beaucoup plus discrète pour les problématiques urgentes et gravissimes mais qu'il y a une fin d'une certaine "exception des consoleux". Le jeu physique était ce qui distinguait encore les consoles du PC gamer lambda. Une sorte de fétichisme culturel qui ne tenait plus que par ses étagères de boites, puisque depuis la 2 ou 3 générations, il y a eu une convergence totale du hardware. les consoles de salon sont devenues des PC gamer lambdas et dans l'autre sens, les Steam Deck et apparentés ont rejoint la Switch. Ne restera plus que quelques exclusivités, souvent temporaires, pour marquer la frontière. Mais on se demande bien qui demain préfèrera encore acheter une PS6 ou une Xbox plutôt qu'un PC plus puissant, pérenne et généraliste. Reste l'exception Nintendo et ses licences sempiternellement répliquées qui trouveront toujours leur public.
Environnementalement parlant
Plus de support physique, c'est bon pour l'environnement : moins de plastique, moins de logistique, de transport, de stockage.
C'est oublier un peu vite la consommation réseau quand il faut télécharger les dizaines de Go d'un jeu récent.
La fin de la préservation
En l'absence de supports physiques, il va être difficile de préserver quoi que ce soit pour les générations futures, à supposer qu'elles existent et qu'elles aient du temps à consacrer à leur passé ce qui parait de moins en moins probable.
Personnellement, je m'interroge sur l'utilité réelle de conserver la énième version de Mario Kart, la 112ème itération d'Assassin's Creed (avec des infos supplémentaires sur le hud), le remake 8K du remake 4K du remake de Tomb Raider, ou le dernier Souls-like (encore plus sombre, désespéré et punitif que le précédent), sans compter qu'ils vont maintenant etre farcis d'IAg... mais admettons qu'on y trouve un intéret, et que le jeu ne soit pas dispo sur PC, je suis quand même persuadé que l'existence du support physique ne change rien.
Car sur le disque, nous avons la V1.0 du jeu, souvent même pas terminée, nécessitant moultes mises à jour pour être jouable et parfois très éloignée de la version dont se rappelleront les joueurs. Les DLC seront par définition perdus, quant aux éventuels serveurs nécessaires pour faire tourner le multijouer n'en parlons même pas. Bref, à mon sens, la bataille de la préservation est déjà perdue depuis belle lurette, disons que l'absence de support physique n'est que le dernier clou du cercueil. Tout au plus, ne pourra-t-on même plus matérialiser dans une ludothèque l'existence de ce jeu.
Et depuis le début, je me focalise sur Sony mais comment préserve-t-on la Playdate qui me semble ludiquement et historiquement toute aussi intéressante que la Playstation 5 ? Comment fait-t-on avec Nintendo et ses supports physiques propriétaires ?
Est-ce que l'IAg ne va pas aussi induire une personnalisation des jeux qui fera que chacun aura une instance un peu différente de celle de son voisin, tout comme chacun personnalise son avatar dans un RPG ? Dès lors, chaque "exemplaire" étant différent, que voudrait-on conserver ? Peut-être qu'un enregistrement vidéo serait suffisant...
Le Graal du monopole de distribution
Le facteur motivant la décision de Sony est sans doute de reproduire le modèle Apple : produire un matériel au sein d'un écosytème fermé permettant un controle total des canaux de distribution des jeux. Et qui dit controle total dit impunité sur la taxation des transactions effectuées.
Plus de concurrence, plus d'obligation à faire des soldes, plus de gêneur criant au scandale parce qu'un jeu physique est moins cher que sa version dématérialisée.
Et enfin Sony va pouvoir tuer ce mécanisme qui lui infligeait un manque à gagner insupportable : l'occasion. L'histoire va dire si le marché de la seconde main n'était pas ce qui rendait encore accessible le marché de jeux vidéos aux communs des mortels. M'est avis que la plus grosse balle dans le pied est là.
Quels impacts également pour les boutiques physiques déjà mal en point, et pour les cash dont le rayon JV est souvent un point d'attraction ?
Quels impacts pour les joueurs les moins fortunés alors que les machines deviennent de plus en plus onéreuses ? Et pour ceux qui n'ont pas accès à Internet ou alors avec des débits limités ? Ils n'auront qu'à chercher de l'eau au puit du village pour s'amuser hein.
La suite
Quelle sera la prochaine étape ? J'en vois 3, non mutuellement exclusives :
- Supprimer la possibilité d'acheter le jeu et obliger à passer par un abonnement couplé avec des paiements spécifiques pour les grosses sorties/bonus/accès anticipés ?
- louer la console avec option d'achat ? (Apple le prépare déjà)
- faire disparaitre la console et contraindre à jouer en mode connecté via des machines hébergées dans le cloud ?
Ces 3 solutions offrent l'avantage (pour Sony) d'obbliger le client à souscrire un abonnement qui est ce que toutes les grandes sociétés côtées veulent offrir à leurs actionnaires.
Nintendo et Microsoft vont suivre la même démarche, après tout big N a déjà refourgué des jeux switch 2 en physique qui ne sont que des clés de téléchargement.
Pour ceux qui veulent du neuf et du physique voire même pouvoir revendre leurs jeux, il suffira(1) de quitter les gros constructeurs et de se réorienter :
- Blaze avec l'écosystème Evercade (2)
- Des jeux homebrews édités sur des consoles rétro (https://www.homebrew-factory.com/2-home ou via https://dragonbox.de/en/ ou la nouvelle Neogeo de Plaion)
(1) : je dis "il suffira" car à mon sens ce n'est pas un bien grand sacrifice. Pour me situer, disons que la dernière sortie qui a titillé ma curiosité et m'a donné envie d'acheter un jeu sur Switch est "Dawn of the Machine" le pack de maps pour ...Quake 1. Constatant que ce n'était pas encore disponible sur le très mal foutu site Nintendo, je suis passé à autre chose.
(2) : même s'ils ne sont pas parfaits. La question de la longevité de leurs cartouches se pose, et j'ai quelques réserves sur le fait qu'une cartouche récente (Neo Geo vol 4) nécessite un update de la console pour bénéficier des dipswitches... Ils ont aussi déployé des patchs sur certaines de leurs sorties comme Donut Do Do.
Je ne vais pas dire que je boycotte, puisqu'en pratique je le fais déjà depuis des années, cad depuis le temps que les gros contructeurs ne proposent plus rien de neuf, de frais, mais juste des grosses locomotives toutes sorties de la meme chaine. Je ne vais pas non plus appeler au boycott car je suis persuadé qu'une majorité de joueurs se contrefichent de cette problématique et ont déjà adopté le discours de Sony, leur sombre et rutilant (là j'ai le droit car souvent il y a du rouge) bureau de gamer, est depuis longtemps vierge de toute boite surannée.
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