Papillonages 13
Internet est fini
En interne, Microsoft et OpenAI reconnaissent que leurs LLMS détruisent l'internet, volent le travail des artistes et créateurs et vont annihiler leur travail. Rien de nouveau, c'est presque rassurant de voir qu'ils ne sont pas dans le déni.
L'UE sort l'usine à gaz pour restreindre l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux, alors qu'ils suffiraient de les interdire à tous.
Sortons les popcorns pour observer le désastre que ne va pas manquer de représenter le(s) solution(s) nationale(s) de vérification d'âge (surtout le moment où toutes les infos personnelles seront dérobées)(celui juste après la décision du gouvernement d'utiliser le même mécanisme pour contrôler tous les accès à Internet).
L'air de rien, ces deux articles, chacun dans son domaine, me confortent dans mon comportement d'accumulateur (on dit data hoarder en VO) : sans être collectionneur, j'ai tendance à emmagasiner aussi bien en physique qu'en numérique livres, musique, jeux vidéos. Car ce n'est non pas pour le plaisir d'accroitre un stock (parce qu'en réalité c'est super chiant de cataloguer tout ça, d'entretenir le matériel) mais pour constituer une sorte de réserve qui, lorsque toutes ces ressources deviendront inaccessibles, me permettra de m'occuper jusqu'à la fin.
Je nomme cela le "survivalisme des loisirs". Je suis loin d'être le seul à avoir ce type de comportement entre l'archiviste et le syndrôme de Diogène.
Mais pourquoi faire cela ? Plein de raisons, il y a bien sûr leur disparition des magasins en ligne (les e-shops Sony par ex),l'arrêt des supports physiques, les DRM, les disparitions de site mais aussi le fait que je suis convaincu que dans quelques années, je n'aurais plus accès à Internet. J'anticipe plusieurs causes non exclusives à cela :
- refus de se conformer à une législation qui demanderait la fourniture de données personnelles pour y accéder, interdirait les moyens de naviguer discrètement (VPN, Tor),
- surveillance généralisée de nos activités en ligne (c'est déjà le cas, mais disons encore plus généralisée)
- nécessité d'utiliser des terminaux officiels pour accéder aux services (ce n'est pas de la SF, beaucoup d'application de banques ne tournent pas sur des smartphones qui n'exécutent pas les services Google).
- (variante de la précédente) avoir des terminaux suffisamment récents. J'écris ce texte sur un mac book de 2008 qui ne supporte pas le TLS 1.3 et rencontre les pires difficultés à franchir les protections anti-IA de type Anubis.
- coût qui ne serait plus justifié par le service rendu, les informations accessibles sur le réseau. C'est typiquement déjà le cas pour les réseaux sociaux : leur coût (en terme de données) est bien trop élevé en regard de l'intérêt "offert".
- détérioration des infrastructures d'accès qui rendraient les performances, la stabilité trop aléatoires
- risque cyber trop important pour le terminal utilisé : par exemple des agents IA pourraient en permanence jouer le rôle de munitions rodeuses et attaquer nos terminaux. Ce risque me parait le plus réduit, et serait traitable via des terminaux dédiés, réinitialisés après usage.
Tout cela est sombre, je le reconnais. Mais très probable, vu le zeitgeist actuel et les guignols qui sont aux commandes. Mais cela ne doit pas être inquiétant, on peut s'y préparer chacun de notre côté, en préservant les données, les supports physiques, les outils qui permettent d'y accéder. Déjà des réseaux décentralisés existent pour communiquer autrement sans nécessiter les moyens financiers et énergétiques délirants de la 5G, ou des datacenters.
Détournement de science. Être scientifique au temps du libéralisme, Jean-Marie Vigoureux
Edifiant ouvrage par un scientifique sur ce que provoque le libéralisme, concrêtement, sur la pratique scientifique. Scandaleux, révoltant, instructif.
La science est perçue par les libéraux comme un façon de nourrir le progrès, cette bête monstrueuse, auto-entretenue qui ne vise qu'à sa propre continuation et à l'accelération du profit.
Instructif, quand on comprend que pour une fois, avec la fameuse récession dans les classements PISA, le gouvernement a atteint ses objectifs :
Il n’est pas anodin d’entendre proclamer que l’enseignement sera «le plus grand marché du XXIe siècle», ni de lire, dans un cahier de l’OCDE, les orientations à prendre pour instaurer un enseignement payant et donc rentable:
Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de services, quitte à ce que la qualité baisse [c’est nous qui soulignons]. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles ou supprimer telle activité
Scandaleux de cynisme :
on a pu lire dans le rapport d’un expert de la Banque mondiale cette étonnante suggestion:
Soit dit entre nous, la Banque mondiale ne devrait-elle pas encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays les moins avancés? […] Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable.
Sur les merveilles de la science
Parmi les «prouesses» réalisées, on a même réussi à recréer les virus de la poliomyélite et de la grippe espagnole (qui avait fait entre 40 et 100 millions de morts entre 1918 et 1919) et, le 6 décembre 2011, on annonçait la création à partir du tristement célèbre virus H5N1, «[d’un] virus plus mortel que tous ceux qui existent dans la nature1». Dans ce domaine, il est dès à présent possible de se procurer sur Internet des préfabriqués de gènes bricolés115. Peut-être la génétique aura-t-elle bientôt ses hackers créant des virus exportables dans le monde entier et agissant cette fois sur des êtres humains et non plus sur des ordinateurs.
Sur les biocarburants, à l'heure où les médias vont sans doute nous les vanter
la surface agricole permettant la production d’un seul plein d’agrocarburant représente en nourriture un peu plus des besoins annuels d’un habitant du tiers monde.
Tandis que
la surface agricole permettant la production d’un seul plein d’agrocarburant représente en nourriture un peu plus des besoins annuels d’un habitant du tiers monde.
On va crever de faim mais on se sera bien marré :
la banque américaine Goldman Sachs a créé un indice boursier sur les aliments. On spécule ainsi sur les denrées alimentaires comme on le fait sur l’or ou le pétrole, allant jusqu’à provoquer leur pénurie pour en augmenter le prix. En 18 mois – entre 2010 et 2011 – le prix du maïs a augmenté de 93% et celui du blé a plus que doublé, offrant ainsi aux spéculateurs des profits astronomiques en tuant dans les bidonvilles des centaines de milliers de personnes. En une seule journée, le 27 mars 2008, le prix du riz sur le marché mondial a augmenté de 31% suite aux spéculations.
Ah non on n'aura peut-être pas le temps de crever de faim :
croissance régulière de 1 à 1,5% par an depuis 30 ans, et ce, dans toute l’Europe, du nombre de cancers dont souffrent les enfants ou les nourrissons. Pour tenter de se rassurer, on peut estimer aussi que de meilleurs dépistages majorent quelque peu les statistiques, mais l’Institut national du cancer et l’Institut national des sciences de la santé (USA) rejettent fermement ce faux-fuyant: deux cancers sur trois seraient bien dus à l’environnement.
Quelques bons mots en vrac :
en étymologie persane, le mot «pauvre» signifie non pas «celui qui ne possède pas», mais «celui qui n’a personne»
Les désordres économiques menacent toujours la paix et quand elle le peut, nous rappelle Eric Hobsbawm, «la main invisible du marché ne dédaigne pas la poigne de fer d’un régime autoritaire».
Nietzsche, quant à lui, nourrit les mêmes pressentiments: «Le grand raz de marée de la barbarie est à nos portes. Un siècle de barbarie sans précédent commence et la science sera à son service.»
Une histoire avec une morale sur un anthropologue parti étudier une tribue vivant en forêt tropicale :
On comprenait alors que ni le canot qui marchait tout seul, ni le briquet qui allumait du feu de façon magique, ni le fusil qui pouvait abattre un animal à grande distance n’avaient impressionné les Indiens qui n’y avaient pas même prêté attention. Seule leur était apparue la fragilité de cet homme apparemment incapable d’affronter la nuit tropicale et c’est parce qu’ils le jugeaient incapable de survivre seul, incapable de se nourrir, de se vêtir… qu’ils l’avaient accueilli non pas comme «le grand sorcier blanc qui fait des prodiges», mais comme un malheureux perdu dans un monde hostile et qu’il était de leur devoir de secourir.
L'affaire Midori de Karyn Nishimura
Un roman dont on ne sait pas très bien où est la fiction. Une façon pour une journaliste d'abandonner cette neutralité qu'on colle à la profession et de crier sa colère sur un pays qu'elle aime mais qui est loin d'être parfait et qui ne cadre pas avec les clichés qu'on lui appose.
l’Etat les forçait à vivre, comme plus de treize mille autres personnes : sept ans dans des « logements provisoires préfabriqués », sans aucune perspective d’amélioration à court terme. Et dire qu’ils étaient propriétaires de belles demeures campagnardes… devenues des ruines irradiées. Il fallait la patience de vieux Japonais pour supporter ça sans hurler, sans insulter les politiques qui, même à l’étranger, saluaient dans leurs discours d’ignorants la « résilience » des Japonais de Fukushima, les citaient en exemple. Résilience ? Tu parles, résignation.
Toute ressemblance avec la France est bien entendu fortuite
Des fonctionnaires falsifient des papiers présentés au Parlement ? Une réprimande, et on n’en parle plus. Tous les ministères gonflent les ratios d’employés handicapés ? Le porte-parole de l’exécutif présente des excuses, jure qu’on ne recommencera plus, et c’est fini. Des dirigeants d’une compagnie d’électricité sont grassement couverts de cadeaux par un élu zélé d’une commune hébergeant une centrale nucléaire ? « Ce n’est pas très moral, mais pas illégal, on s’excuse, on démissionne » et l’affaire est classée, après une simple enquête interne. Et pendant ce temps, le type qui a volé un pain à 140 yens dans une supérette est arrêté, son nom et son visage jetés en pâture, on feint d’ignorer qu’il n’a simplement pas de quoi manger avec sa pauvre retraite de moins de 30 000 yens par mois. Il écopera d’un rappel à la loi dont les médias feront état. Les flics traquent la starlette qui a acheté de l’herbe et fumé un pétard chez elle trois mois plus tôt et l’arrêtent devant les caméras en guise d’exemple pour les autres. « Mettez à profit votre dimanche pour réfléchir sur notre société, allez voir Manbiki kazoku (Une affaire de famille) du réalisateur Hirokazu Kore-eda », lança aux journalistes l’avocat Kono.
Mais pour que cela ait une chance de convaincre une large opinion, un entraînement à la libre réflexion est nécessaire. Or, c’est précisément ce que cherche souvent à éviter l’enseignement au Japon, parce qu’un peuple qui réfléchit beaucoup finit forcément par remettre en cause, et que la remise en cause perturbe le bon fonctionnement de la société et donc la tâche des autorités.
La CNIL est sympa...
...elle conseille des sociétés privées pour aspirer nos données. Bon ça va, c'est un moyen pour elle de gagner de l'argent. Ah non, elle le fait gratuitement avec de l'argent public donc. Heureusement que tout ça est caché parce que ce n'est pas bien propre.
Rions un peu et comparons la taille de nos...
Liseuse dont vous êtes le héros
Peut-être un cas d'usage pour les mini liseuses Xteink ? C'est bien le seul que j'ai trouvé.