La révolution qui vient

Alors que chaque jour qui passe, on s'étonne que le gouvernement, l'assemblée, le sénat, l'état, tiennent encore debout malgré la honte et le ridicule (1), et qu'il conviendrait de collectivement prendre pics et pioches, des signaux se multiplient sur Internet pour annoncer la révolution de l'IAgénérative. La vraie révolution. Halleluia (puisque c'est une culte).

"ah ça y est, il a ouvert les yeux et changé d'avis sur cette techno" pensez-vous ?

Que nenni. Je l'ai toujours dit la vraie question sur l'IAg n'est pas "est-ce que l'IAg va vous piquer votre travail ?" mais "est-ce que les vendeurs d'IAg vont convaincre les dirigeant de votre entreprise, votre gouvernement de vous remplacer par une IAg ?"

Dans le monde libéral qui nous environne, où seule compte l'accélération de l'accumulation du profit, la réponse à cette dernière question était jouée d'avance. Et depuis quelques semaines, je constate une floraison de désabusement, réactions dépitées de la part de ce que je nommerais des travailleurs "intellectuels".

Le terme est large, cela va des matheux purs (auxquels on assène 400 démonstrations d'un coup alors qu'eux trainent dessus depuis 107 ans) jusqu'aux bullshiteurs (managers bas niveau, exceleurs, ppteurs professionnels) en passant par les enseigants et bien sûr les développeurs.
N'oublions pas les scientifiques, les artistes, auteurs (et les lecteurs tant qu'on y est), traducteurs, etc

Pour résumer, il s'agit en gros la plupart des activités qui n'avaient pas déjà été automatisées dans les 150 dernières années.
N'oublions pas les loisirs-passions, les hobbys qui n'ont jamais rien rapporté à personne à part de la joie vont être envahis par la bouillie de ces IAg : je pense aux jeux vidéos retro (parce que je connais) mais j'imagine que les modèles 3D générés vont aussi remplacer les sculpteurs de figurines, les créateurs de maquette, etc

Si comme le dit l'édito de DLA.net "Le travail intellectuel est-il en train de devenir vain ?"

Le culte du travail est conçu pour détourner l’attention du vide intérieur qu’une véritable vocation aurait pu combler. « Et cela fonctionne. Il incite des personnes talentueuses à se rendre au bureau pour débattre de rapports, de documents stratégiques et de refontes d’image de marque avec le sérieux d’une opération de chirurgie cardiaque pédiatrique.»

alors tous ceux qui voyaient dans leur travail leur raison d'être voire de vivre vont se retrouver fort dépourvus quand l'IA sera advenue. Ils seront d'abord, poussés plus ou moins gentiment vers la sortie avant de faire une dépression. Dépression dont le coût sera bien entendu supporté par ce qu'il reste de collectivités, selon l'adage bien connu qu'on "privatise les bénéfices et nationalise les pertes".

Ceci dit n'accusons pas l'IAg de tous les maux, ce n'est que le dernier clou du cercueil déjà bien préparé par le lean-management, les chaines hiérarchiques sans fin, la folie du reporting et de l'indicateur, la fragmentation des tâches, les managers hors-sols, ajout de multiples couches d'interlocuteurs entre le client (qu'il soit interne ou externe) et celui qui réalise, individualisation des performances, etc.
Donc j'exagère en parlant de révolution, c'était juste pour mon accroche, parlons de "bouquet final" plutôt, ça colle plus à l'idée qu'il n'y a pas d'avenir.

Certains, en particulier les moins compétents ou les plus sociopathes, vont s'adapter (ou être adaptés par une nuée de parasites pardon de coachs ès-IA, il faut bien reconvertir les ex-coachs agiles - et continuer à travailler pour le chèque à la fin du mois, chèque qui se verra progressivement réduit puisqu'après tout, leur travail n'est que de superviser des superintelligences omnipotentes, on se demande même pourquoi il y aurait besoin de les surveiller. Pour les autres, ceux qui ne voudront pas s'adapter, parce qu'ils avaient choisis leur travail pour une certaine stimulation intellectuelle, par goût du jeu, s'en iront.
Nul doute que cela entrainera aussi régression et stagnation dans le peu qui était encore produit par ces professions. Ce ne sera pas une grande perte, il suffira de mettre le paquet sur les campagnes de pub générées par IA pour convaincre le grand public aux poches vides d'acheter le dernier gadget qui parviendra péniblement à assurer un usage qui était déjà parfaitement traité 50 ans auparavant.

Les plus deséspérés travailleront peut-être dans l'envers du décor, aux tâches d'étiquettage, d'entrainement des IAg pour, à coup de micro-tâches, accumulés les centimes d'euros quotidiens.

Au risque de surprendre, cette perspective seule ne m'effraie pas. Alors certes je crains les répercussions sur le climat (cf article sur la consommation énergétique de l'IAg) mais la disparition de toute une classe de métier tertiaires parfaitement inutiles et souvent nuisibles tend plutôt à me réjouir. Du moins dans un premier temps, car bien sûr, les gens vont quand même vouloir manger (quelle outrecuidance !), se soigner et donc fatalement ça va dégénérer. Avec un peu de chance, l'avènement de l'IAg signera réellement la fin de l'espèce humaine et c'est plutôt réjouissant.

On pourrait imaginer un futur plus optimiste où ces populations soudainement au chomâge se tournent vers des activités utiles, préservant nos écosystèmes, reprennent des métiers manuels, etc. Mais sérieusement, qui va croire une telle fable ?

Enfin une variante intermédiaire serait un retour de flammes : après les licenciements, des réembauches après avoir constaté les dégâts. On voit passer des témoignages en ce sens aux USA, mais j'en doute aussi. Primo, il faudrait que les dirigeants des entreprises concernées reconnaissent s'être trompés (ce qui est compliqué quand on a un ego surdimensionné) et secundo qu'ils aient à coeur de veiller à la qualité de leurs produits/services, et l'on sait tous que la tendance est à la merdification perpétuelle. Alors oui, il y aura sans doute quelques réembauches à salaire moindre, il n'y a pas petit profit, mais ce sera pas un phénomène de fond. Et j'espère aussi qu'entre temps, les sociétés s'étant ruées sur l'IAg auront coulé.

Du coup, on fait quoi ? Honnêtement je ne vois pas je voulais juste exprimer un constat.

Peut-être que la seule solution en attendant la fin est déjà de se désintoxiquer de la drogue "travail", d'arrếter d'y voir l'alpha et l'omega de nos vies. De cesser de croire que nos activités professionnelles aient le moindre sens, la moindre utilité, de cesser de paraitre important parce qu'on est "Chief delivery business analyst senior".

De se rendre compte, que tout cela n'est qu'une vaste pièce de théatre sans metteur en scène (ou s'il existe j'espère, comme disait le regretté Woody Allen, qu'il a une bonne excuse) pour se contenter de jouer notre rôle dans cet océan d'absurdité. Au moins pendant les quelques années qui restent, pourra-t-on s'amuser de notre quotidien et préserver notre santé mentale.

On en profitera pour faire preuve d'empathie et de compassion en évitant d'engueuler ses collègues qui ne font rien (en réalité vous êtes énervés contre eux parce qu'ils ont saisi la réalité avant vous non ?), on plaindra ceux qui s'investissent à fond (parce qu'ils n'ont pas encore compris ou qu'ils ont un besoin vital de croire les illusions) et on laissera le flux du temps s'écouler, à son rythme, vers la dernière cataracte. Avec un peu de chance, peut-être qu'en chemin, notre non-agir aura produit des effets positifs.

On pourra aussi continuer à s'informer et à expliquer autour de nous l'agenda de ces technologies "qui ne sont pas que des outils" et de ceux qui les diffusent, dénoncer les dégâts qu'elles provoquent, gêner leur mise en oeuvre.

Et garder à l'esprit que si les IAg ne sont que des processus statistiques, nous avons un karma et il faut veiller sur lui.

PS : pour ceux qui ne sont pas encore dans le monde du travail, il reste à trouver d'urgence un itinéraire bis.

(1) : reconnaissons-le, nous attendons tous le moment où un sinistre va proposer de faire assurer les cours en lycée par une IAg.

Je ne savais pas quoi mettre comme illustration alors voici mon inktober du jour, "Stink"
Je ne savais pas quoi mettre comme illustration alors voici mon inktober du jour, "Stink"

macOS 27

Après Microslop et son Windows plein de pubs et de bouillie, Apple balancer macOS 27 avec Apple Intelligence qui prend 22Go sur votre disque. Au prix du SSD, ce n'est pas négligeable.

Heureusement, comme je le mentionnais plus haut en parlant de gêner leurs mises en oeuvre, certains ont pris sur eux de développer de quoi virer tout ça :

Une autre possibilité (la mienne quoi) est de s'arrêter à macOS Sequoia qui me semble bien suffisant eest pré-liquid-glass mais malheureusement post-slope

Pendant ce temps dans l'univers (pour détendre l'atmosphère)

J'ai découvert l'existence des bulles de Fermi. 2 lobes perpendiculaires au plan de la voie lactée, mesurant chacun 25 000 années-lumières et invisibles à nos yeux. Le plus intéressant est qu'encore une fois, nous n'avons aucune foutue idée de ce qui les cause. J'exgère un peu, il y a des hypothèses mais je trouve que c'est beau d'ignorer l'origine d'un truc aussi gigantesque, comme pour la matière noire et l'énergie sombre, notre ignorance est sans limite, et ce sera toujours le cas.

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https://blog.jmus.fr/2026-10-08-ia2.html